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21 décembre 2009 1 21 /12 /décembre /2009 17:31

Mirabeau1

Honoré Gabriel de Riqueti, comte de Mirabeau, est issu d’une famille noble provençale d’origine italienne. Son père, le marquis de Mirabeau, s’est rendu célèbre par un ouvrage intitulé « l’ami des hommes » et par ses démêlés avec ses proches. Mais il n’a de principes que pour les autres. Par exemple, il éprouve une réelle aversion pour sa femme, née de Vassan. « corpulente, disgracieuse, commune, la marquise de Mirabeau semblait jusqu’en son sommeil ne connaître  décence ni repos »

De ce couple, loin d’être uni, naît un enfant le 9 mars 1749 d’une vigueur exceptionnelle mais doté d’une tête énorme. Une petire vérole contractée à l’âge de trois ans lui laisse des traces indélébiles et achève de déformer affreusement son visage. Sa jeunesse est difficile car il souffre de la mésentente de ses parents.

« le marquis avait le talent, les amis, l’oreille des ministres ; la marquise avait l’argent … Gabriel naviguait depuis l’enfance entre ces deux monstres séparés à l’amiable : elle en Limousin, lui près de Paris. Cet arrière fond sordide n’avait guère contribué à son équilibre ni à sa moralité »

chateau_bignon-mirabeau.jpg






















Très vite, il est détesté par son père qui ne supporte point son caractère fougueux, frondeur, indocile et dépensier. En 1763, ce dernier écrit : « je vois le naturel de la bête et je ne crois pas qu’on en tire jamais rien ».

En 1772, le jeune Mirabeau épouse Emilie de Marignane. Il est couvert de dettes, n’aime pas sa femme et ne renonce point à ses liaisons ; aussi son épouse se console-t-elle de son infortune en prenant pour amant Laurent Marie de Gassaud… ce que Mirabeau accepte très mal. En 1774, « l’ami des hommes » fait frapper son fils « d’interdiction ». cette sentence le prive de sa majorité. Puis il l’assigne à résidence. A la suite d’un nouvel écart de conduite, le marquis obtient une lettre de cachet. Mirabeau est alors incarcéré pendant cinq mois au château d’If puis, sur ordre de son père, il est transféré au château de Joux le 25 mai 1775.

Depuis le rattachement à la France, le château de Joux héberge quelques compagnies de soldats invalides. Il sert aussi de prison. A l’arrivée de Mirabeau, le fort est commandé par le comte de Saint Mauris dont le tempérament est à l’image de la forteresse qu’il commande : plutôt rude. L’impression première de Mirabeau est sinistre car il écrit : « j’étais arrivé avec des habits de camelot dans un pays où le drap est un trop léger habit d’été, où tout était couvert de neige le 30 octobre et où, les premiers jours de juin, il n’y avait pas une feuille ».

En dépit de sa laideur, le comte de Mirabeau, alors âgé de 26 ans, a l’esprit vif, est cultivé et sa conversation est pleine de charme. « on fuit à le voir mais on s’arrête à l’écouter » disait un de ses adversaires.

Dans un premier temps, il obtient l’autorisation  de sortir et de chasser dans les environs immédiats de sa détention. A la cluse, il s’éprend de la sœur de J.B. Michaud, procureur du roi. C’est Jeanne, célibataire facile, « ayant eu des bontés pour beaucoup de monde ». puis il peut se rendre à Pontarlier où il loue un appartement chez Bourrier, à l’angle de la rue de la République et de l’artère qui port son nom aujourd’hui. Sa faconde méridionale et son opportunisme lui permettent de s’introduire assez vite dans les principaux salons pontissaliens. En raison de son aisance, il se voit même confier le compte rendu des fêtes données en ville lors du sacre de Louis XVI. Et c’est à cette occasion qu’il rencontre la jeune Madame de Monnier que Manceron présente plaisamment comme n’étant  « ni laide, ni jolie. Une séduisante inconsistance pleine de demi promesses ».

Marie Thérèse Sophie Richard de Ruffey a été contrainte d’épouser à 16 ans le marquis de Monnier, vénérable septuagénaire, premier président de la Chambre des Comptes de Dole et déjà célèbre par ses démêlés avec sa fille, issue d’un premier mariage. Lorsque Sophie de Monnier fait la connaissance de Mirabeau, elle a 22 ans, lui 26. connaissant l’ardeur de son tempérament et ses talents de séducteur, on devine aisément la suite. C’est  chez Mademoiselle Barbaud, qu’ils appellent la Gotton, qu’ils se retrouvent. Puis les portes de la maison du vieux marquis s’ouvrent à lui. Si le mari ignore son infortune conjugale, le comte de Saint Mauris ne tarde pas à l’apprendre par la rumeur publique. En outre, Mirabeau a profité de sa liberté pour faire imprimer à Neuchâtel un petit opuscule intitulé « Essai sur le despotisme ». auteur subversif, séducteur d’une femme mariée à un notable, il n’en faut pas plus pour inquiéter le comte de Saint Mauris qui décide de mettre fin à la liberté  qu’il lui avait accordée. Or Mirabeau ne tient nullement à regagner en plein hiver « ses appartement » qu’on visite toujours au fort de Joux. Il s’éclipse, c’est à dire disparaît après un bal donné en son honneur par le marquis de Monnier, le 14 janvier 1776. On croit qu’il s’est enfui en Suisse. En réalité, il est resté à Pontarlier oùil se cache. Afin d’échapper aux recherches dont il est l’objet, il change fréquemment de résidence. Suivant G. Leloir, il a même eu le front de passer deux jours et deus nuits à l’hôtel du marquis, dans une petite chambre borgne dévolue normalement à une femme de chambre de Sophie. Les recherches s’intensifiant, Mirabeau quitte la ville désormais peu sûre, pour Dijon où il retrouve Madame de Monnier, partie chez ses parents. La mère de Sophie le fait arrêter mais il peut s’échapper.

Sophie de Monnier regagne Pontarlier le 23 mars, étroitement veillée par une de ses sœurs chanoinesse. A deux reprises fin mai et début juin, elle tente de rejoindre son amant aux Verrières, en Suisse. Chaque fois ses projets échouent. Il faut attendre le 24 août pour qu’ils se retrouvent. Sophie, habillée en homme, accompagnée d’un nommé Cabasson, gravit à dos de mulet le Larmont et, suivant des chemins de contrebandier, franchit la frontière par une pluie battante. Les deux amants passent alors trois semaines chez la veuve Bôle, aux Verrières Suisse. Puis ils gagnent la Hollande et se fixent à Amsterdam. Leur existence n’est pas des plus faciles. Lui, vit de sa plume et d’expédients ; elle, donne quelques leçons.

« l’enlèvement » est abondamment commenté. Il fait jaser la ville et la province. Ce n’est que sur les instances de son entourage que Monsieur de Monnier se décide à déposer une plainte le 1er octobre 1776. l’instruction dure sept mois et Mirabeau, jugé par contumace, est condamné le 10 mai 1777 pour rapt, séduction et adultère à avoir la tête tranchée en effigie. La sentence sera d’ailleurs exécutée le 17 juillet de la même année, place des Casernes. Quant à Sophie, elle est condamnée à être enfermée pour le reste de ses jours dans une maison de refuge.

Dans le même temps, à la demande des familles de Mirabeau et de Ruffey – mais pas du marquis – une procédure d’extradition est encagée contre les deux fugitifs. C’est le 14 mai 1777 que Sophie et Mirabeau sont arrêtés. Ramenés à Paris le 6 juin, Mirabeau est enfermé plus de trois ans au donjon de Vincennes. Sophie, elle, est d’abord détenue rue de Charonne à Paris, où elle donne le jour le 7 janvier 1778 à une petite fille baptisée Sophie Gabrielle ( !) mais dont Monsieur de Monnier – et on le comprend – refuse la paternité. Après ses couches, elle est conduite à un couvent de Gien où elle se suicidera en 1789… mais pour un autre que Honoré Gabriel.


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Libéré de Vincennes en décembre 1780, Mirabeau réconcilié avec sa famille entend se disculper et, cinq ans après, s’attaque à la sentence qui l’a condamné. D’où un deuxième séjour à Pontarlier et un nouveau procès qui commence en 1782. écroué à la prison le 12 février, il n’en sortira que le 14 août suivant. On n’a plus « un Mirabeau fauteur d’intriques, de cabales et d’aventures romanesques : c’est un Mirabeau avocat, juris-consute et déjà orateur incomparable » il conduit les débats plus qu’il ne les subit. Il nie en bloc et conteste tous les faits à charge. Pour lui, l’accusation de rapt ne peut tenir : Sophie est venue le retrouver librement alors qu’il était en Suisse. L’adultère ? il ne peut exister  puisque le mariage n’a jamais été consommé. Les témoins cités par l’accusation confondus, par lui, se rétractent après confrontation. Pour ce qui s’est passé en Suisse ou en Hollande, le tribunal n’est pas compétent. Finalement le procès en révision s’achève par une transaction civile, conclue entre les deux parties le 11 août 1782. la procédure engagée contre le comte de Mirabeau est éteinte et Sophie apparaît sacrifiée à l’ordre : séparée de corps et de biens d’avec son mari, elle doit rester au couvent tant que vivra son époux et encore un an après la mort de celui-ci. Quoique le marquis décède en 1783, nous savons qu’elle y restera jusqu’à sa mort.

Voilà brièvement conté l’épisode Mirabeau. Il nous permet de mieux cerner la mentalité et certains aspects de la société d’une petite ville de province à la fin de l’Ancien Régime. Pontarlier, à la veille de la Révolution, offre un cadre sinon neuf du moins rénové, à la suite des incendies dont il a été victime. Ses activités sont modestes. La société y vivant apparaît comme un monde clos, dévot, prude, replié sur lui-même. Mais derrière une apparence de respectabilité, des intriques, des liaisons – dangereuses pour la moralité – se tissent et se trament. On les tolère sous réserve qu’elles ne dépassent pas certaines limites et l’étude de l’évolution de l’opinion lors de l’affaire Mirabeau est à cet égard intéressante. Au début de ses relations avec Sophie, le comte a incontestablement bénéficié de nombreuses complicités. Sa liaison amuse plus qu’elle ne choque. En revanche, la société pontissalienne n’admet pas et ne pardonne pas le départ de Sophie. Sa disparition provoque un véritable scandale et Mirabeau a alors toute l’opinion contre lui.


texte extrait du livre HISTOIRE DE PONTARLIER 
Edition CËTRE  BESANCON  1979
par M. MALFROY - B. OLIVIER - P.BICHET et J.GUIRAUD

 

 

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Published by Pontus - dans Personnalitées
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